Vivre à Paris Un fabuleux voyage à travers l’Histoire

Texte : Pascale Pessin-Loiseau Photos : Alice Duriez
Essentiels

Comme une machine à remonter le temps, les différents styles architecturaux nous transportent dans l’art et la manière de vivre à la française selon les époques.

Au temps des cathédrales

Immeuble façade rue Volta
Façade rue Volta

Impossible de passer devant le 3 de la rue Volta dans le Marais sans remarquer sa splendide façade moyenâgeuse à colombage. Porte d’entrée basse, margelle séparant les boutiques au rez-de-chaussée, petites fenêtres, 5 étages bas distribués par un escalier étroit… chaque détail renforce la conviction qu’il s’agit là de l’une des dernières maisons médiévales de Paris. Un style architectural si rare que, grâce à lui, l’immeuble d’habitation a échappé à chaque nouveau plan de démolition. Déclarée habitation la plus vieille maison de Paris au début du vingtième siècle pour la sauver d’un projet de travaux d’alignement, sa construction fut alors attribuée au XIIIème siècle. Après recherche, il s’avère que cet immeuble est une parfaite reproduction de construction médiévale réalisée entre 1644 et 1655 ! En fait, la plus vieille maison de Paris authentifiée et classée aux Monuments Historiques en 2011 est située au 51 rue de Montmorency. Elle a plus de 600 ans et appartenait à Nicolas Flammel, alchimiste légendaire qui voulait y accueillir les plus démunis comme le témoigne encore aujourd’hui la plaque apposée à son fronton.

Qu’elles soient d’authentiques maisons moyenâgeuses ou des imitations plus récentes les habitations de style médiéval ont toutes les mêmes caractéristiques : poutres apparentes, murs de pierre, faible hauteur sous plafond, petites fenêtres, cheminée où cuisiner… et la chambre pour pièce principale. Au Moyen Âge, la chambre était la pièce la plus spacieuse, un lieu de vie et de passage. Ce n’est que bien après qu’elle est devenue un espace privé. Ironie de l’histoire, aujourd’hui l’aménagement intérieur des studios renoue avec cet art de vivre médiéval.

Après la Renaissance

Ile Saint-Louis - Vivre à Paris coin paisible
L’hôtel Lambert de l’Île Saint-Louis

Sous Louis XIII, Paris s’embellit et s’agrandit. L’architecture du XVIIème s’éloigne du style de la Renaissance. Finis l’élégance, la finesse et le ciselé des sculptures. Bonjour la masse puissante, les lignes se coupant à angles droits et les coupoles sans grâce pour l’architecture monumentale. L’emploi simultané de la pierre et de la brique est privilégié. Ces associations de tons rouges et blancs, mariés au noir de l’ardoise, donnent d’heureux effets de décoration qu’on peut encore admirer place des Vosges. Souvent les toits aigus, les hautes cheminées ajoutent au pittoresque et allègent l’ensemble.
L’Île Saint-Louis se construit. L’architecte Marie réalise la plupart des maisons et le pont qui porte son nom. Les deux plus importantes, l’hôtel Lambert et l’hôtel de Bretonvilliers, existent encore à l’extrémité de l’île, vers le pont Sully. Presque tous les habitants étaient des magistrats, conseillers au Parlement ou à la Chambre des Comptes. L’île Saint-Louis a peu changé depuis le XVIIème siècle et reste le coin le plus paisible de Paris. En flânant le nez au vent le long des quais d’Orléans ou de Bourbon on admire encore les mêmes façades. Aujourd’hui divisés en appartements ces anciens hôtels particuliers privilégient tous de grands salons de réception dans leur distribution.

Sous l’Empire

Vivre à Paris - Location meublée Quartier luxe haut de gamme
Rue de Rivoli

Napoléon rétablit l’ordre et conquiert l’Europe. L’empereur s’installe au palais des Tuileries et fait percer la rue de Rivoli pour relier l’est à l’ouest. Bien que plus souvent en campagnes qu’à Paris, Napoléon offre un monument à la capitale à chaque nouvelle victoire. En 1806, Paris reçoit la colonne Vendôme érigée grâce aux canons pris aux Autrichiens et aux Russes. Puis vinrent le pont d’Austerlitz pour relier l’Arsenal au Jardin des Plantes, le pont d’Iéna, les arcs de triomphe, celui du Carrousel face au Louvre et celui de l’Etoile, en l’honneur de la Grande-Armée. Après la Révolution et son architecture foisonnante sous diverses influences (de l’Egypte au style Louis XVI, en passant par la Grèce antique), le style Empire marque le retour à l’observation de règles strictes. Place à des immeubles massifs au style très classique avec fenêtres et portails en plein-cintre (demi-cercle) ; pilastres encastrés dans les murs ; façades coupées par des bandeaux horizontaux séparant les étages ; balcons filants, généralement au-dessus de la corniche, mais également à l’étage noble, le premier et au niveau des lucarnes ; présence fréquente de statues nichées entre les fenêtres. Enfin, héritage de Mansart, les combles sont suffisamment vastes pour servir de logement. Aujourd’hui, ces surfaces sont ingénieusement réhabilitées : les mansardes sont reliées pour former de superbes appartements avec vues imprenables sur Paris.

Pendant la Restauration, à l’ère du Baron Haussmann

Immeubles haussmanniens parisiens
Boulevard Saint-Germain

De 1852 à 1870, Napoléon II inspiré par la récente rénovation urbaine de Londres, transforme Paris et modernise durablement la capitale française. Il assainit et désengorge les vieux quartiers surpeuplés tout en promouvant l’habitat social. Le projet est confié au Baron Haussmann qui orchestre de main de maître les différents acteurs. Paris devient un chantier monumental : plus de 20 000 immeubles sont démolis, certains quartiers comme la partie ouest de l’île de la Cité, entre le palais de Justice et la cathédrale Notre-Dame, sont rasés. 34 000 immeubles sont construits tous sur le même modèle : 4 à 5 étages (parfois 6 à partir de 1859) ; une façade en pierre de taille ; un rez-de-chaussée et entresol striés de profonds refends horizontaux ; un balcon filant au 2e étage, soutenu par des consoles (un à deux autres balcons pouvant être ajoutés à d’autres niveaux) ; des espaces élargis entre les fenêtres : enfin, les façades des immeubles sont désormais datées et signées par leur architecte. L’eau courante et bientôt l’électricité et le gaz seront fournis à chaque étage. Les appartements parisiens sont entrés dans la modernité. Si à l’époque de longs couloirs séparaient les pièces d’eau des pièces à vivre, aujourd’hui les aménagements intérieurs ont ré-ouvert et redistribué les espaces pour s’adapter au mode vie contemporain.

Le parfum enivrant des Années folles succède à la Belle époque : l’Art déco découle de l’Art nouveau

Style Art Déco à Paris
Verrière Art Déco rue Frochot

Alors que le style Haussmannien et le XIXème siècle s’éteignent doucement, l’Art Nouveau apparaît à Paris. Introduit par l’architecte Hector Guimard qui avait été fortement impressionné par l’Hôtel Tassel, première synthèse architecturale de l’Art nouveau à Bruxelles et œuvre de Victor Horta. Guimard s’est librement inspiré de ce mouvement artistique révolutionnaire pour construire entre 1895 et 1898 le Castel Béranger, immeuble précurseur de l’Art Nouveau dans le 16ème arrondissement à Paris. Particulièrement inventif ce nouveau style se veut art total, expression d’un univers personnel épanouissant pour l’homme moderne. Il libère les architectes des réglementations contraignantes et se distingue par l’omniprésence de courbes sur les façades ; de nombreuses ornementations aux traits précis et de décors ouvragés représentant des fleurs, des végétaux, des insectes ou des animaux ; des associations de matériaux souvent colorés ; des portes vitrées en fer forgé. Il casse l’agencement classique des pièces dans les maisons bourgeoises. La porte d’entrée est désormais en plein milieu de la façade, le couloir est placé sur l’axe central de la maison et un puits de lumière inonde le centre de l’habitation. Ephémère ce mouvement artistique s’arrêta net avec la Première Guerre Mondiale . Le style Art Déco prend la relève entre 1920 et 1930. Plus rigoureux, l’Art Déco incarne le retour à une architecture classique et plus stricte, dans laquelle les façades rectilignes, le plus souvent en béton armé, mais aussi en pierre de taille ou en brique, et les décorations épurées, souvent géométriques, prennent le dessus sur les arabesques et les formes alambiquées.
Les courbes disparaissent progressivement au profit des angles droits, les bow-windows apparaissent dès le premier étage et les garde-corps, balcons, et portes vitrées sont en fer forgé.

Art Nouveau à Paris
Cet immeuble aux lignes sinueuses, est l’œuvre de Jules Lavirotte. Sur sa façade, se distinguent les principales caractéristiques de l’Art Nouveau : motifs floraux, mosaïque et pierre de taille